Le futur est dans le pré

Multiplication des start-ups de l’« AgTech », présence accrue des géants des secteurs de l’agroalimentaire, affirmation du rôle des pouvoirs publics dans la mutation du secteur,… le renouveau de l’agriculture s’appuiera bel et bien sur sa numérisation !

 

Une demande mondiale en hausse, des ressources surexploitées, des marchés fluctuants, des agriculteurs endettés….

 

… mais de plus en plus connectés !

      

 

L’agriculture : un secteur où l’innovation fleurit pour répondre aux enjeux du secteur et…

 

 … augmenter la performance économique des exploitations…

Lorsque l’on évoque le numérique au service de l’agriculture, on l’associe volontiers à l’automatisation d’un certain nombre de tâches : désherbage, traitements, tontes,… grâce à des robots d’intervention ; aide à la récolte, aux plantations,… grâce à des robots d’assistance logistique. Cette robotisation permet effectivement d’accélérer des étapes de la production et de s’affranchir de certaines activités éprouvantes physiquement et coûteuses en main d’œuvre, en particulier dans un contexte où la taille moyenne des exploitations continue de croître.

Néanmoins c’est bien par le « Big data » appliqué à la production agricole que les pratiques pourraient être révolutionnées. Alimentation du bétail, météo, état des sols et de plantations,… les applications sont multiples avec un premier objectif : améliorer les performances économique des acteurs du secteur. Les Outils d’Aide à la Décision (OAD) se développent pour compiler et retraiter les données collectées par les différents capteurs embarqués sur les tracteurs, drones, GPS,… et mettre à la disposition des agriculteurs tous les éléments leur permettant d’optimiser leur chaine d’exploitation (répartition des intrants, gestion des aléas, anticipation des rendements,…).

 

… progresser vers une « Smart Agriculture » raisonnée…

Si l’industrie agricole dans son ensemble prend résolument un nouveau tournant en s’assurant de rester compétitive pour assurer sa pérennité et répondre à une demande mondiale croissante, elle ne doit pas moins en rester durable et respectueuse de l’environnement.

Le « Big data » en fournissant tous les outils nécessaires à une agriculture de grande précision permet notamment de réduire la consommation d’eau et d’engrais de façon significative. Il est désormais possible d’adapter l’alimentation des animaux à un niveau quasiment individuel pour être aux plus prêt de leurs besoins selon leur âge ou leur poids ou de prévoir les traitements des cultures à l’échelle d’une parcelle, limitant ainsi les recours aux produits phytosanitaires. On a par exemple observé une réduction de 20 % des intrants utilisés par les vignerons espagnols utilisant des capteurs.

Mais la numérisation de l’agriculture s’invite aussi dans l’évolution des usages : plateformes de partage de bonnes pratiques (Agrifind), location de matériel agricole (Wefarmup), Marketplace spécialisées (Agriconomie.com),… si l’agriculture est historiquement un modèle collaboratif et coopératif, les initiatives se multiplient pour mettre en relation  les agriculteurs connectés de façon plus ciblée et instantanée !

… tout en évoluant vers un rapport plus direct au consommateur final

Le numérique au service de la production agricole… et du consommateur final ! En s’immisçant dans les exploitations, le digital a également fait évoluer la distribution et la relation producteur / consommateur. Les circuits courts sont plébiscités et facilités par la distribution sur internet et les différentes plateformes de vente directes (La ruche qui dit oui!, Au bout du champ,…). Réponse aux attentes de traçabilité et de qualité des consommateurs, soutien à l’économie de proximité, la formule plait ! Et les exploitants ne sont pas en reste : maîtrise des débouchés, gain d’indépendance, moindre exposition aux évolutions des marchés, ils sont de plus en plus nombreux à écouler tout ou partie de leur production via ces réseaux de distribution.

Concrètement, où en sommes-nous ?

Les promesses du numérique au service de l’agriculture sont immenses mais à ce jour, les cas d’usage restent souvent expérimentaux. Plusieurs explications à cela :

  • S’il tend à décroitre, le coût de l’investissement reste lourd pour des exploitants déjà contraints par les crises récurrentes des marchés. A titre d’exemple, si le coût de transfert de données a baissé de 75% au cours des 4 dernières années, le prix des capteurs reste souvent rédhibitoire (300 000€ pour les matériels d’expérimentation utilisés dans les centres techniques).
  • Le retour sur investissement observé varie selon les cultures et les modes de production. Les économies d’échelle générées le rendent notamment significatif pour les exploitations atteignant une certaine taille critique (exploitations céréalières principalement). La digitalisation est également source de bénéfices immédiats dans le cadre de productions à forte valeur ajoutée (exploitations viticoles ou agriculture biologique par exemple), particulièrement réglementées, où les agriculteurs disposent souvent de plus de moyens et où les consommateurs sont plus attentifs à la transparence autour de la chaine de valeur.
  • Si les évolutions technologiques sont certaines, elles restent progressives et l’adéquation entre les besoins des producteurs et les outils développés doit être encore affinée.
  • Enfin, l’acceptation des nouvelles technologies et l’évolution des pratiques de production et de consommation sont des processus lents : propriétés des données, robotisation des tâches, transparence de l’information, consommation locale et saisonnière,… les sujets soulevés par la numérisation de l’agriculture sont nombreux et touchent pour la plupart à des questions sociétales complexes.

Les grands acteurs du secteurs tirent l’innovation grâce à un meilleur accès au marché : Monsanto ou John Deere aux Etats-Unis, In Vivo en France,… ; les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) s’intéressent également peu à peu au marché : Google a par exemple racheté en 2014 Terra Bella (ex Skybox), producteur des satellites d’observation de la Terre. Mais la valorisation du numérique auprès des agriculteurs pour sortir d’une logique de R&D ne se concrétisera sans doute pas sans une action gouvernementale forte favorisant les investissements et la coordination entre les acteurs. Des initiatives sont déjà lancées (AIOTI, PEI-AGRI, AgroTechnoPôle,…) et devraient s’accélérer dans les prochaines années !

Sources :
https://www.agrifind.fr/blog/wp-content/uploads/LES-D%C3%89FIS-DE-L%E2%80%99AGRICULTURE-CONNECT%C3%89E-DANS-UNE-SOCI%C3%89T%C3%89-NUM%C3%89RIQUE.pdf
Office européen des statistiques Eurostat
http://le-lab.agriculture.gouv.fr/
http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/rapport-agriculture-innovation2025.pdf
https://www.agriculture-nouvelle.fr/wp-content/uploads/2017/01/2016_alimagri_numerique.pdf
http://www.terresunivia.fr/sites/default/files/presse/2016-09-30-BearingPoint%26Sofiproteol_Strategies%20Agriculture%20Numerique.pdf 

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