Les recettes de la maintenance prédictive ont totalisé 9,1 milliards de dollars à la fin de l’année 2016, selon le cabinet d’étude ABI Research. Avec un taux de croissance annuel*  de 22 %, la taille du marché atteindrait 24,7 milliards de dollars en 2019. La maintenance prédictive, aussi appelée maintenance analytique, est aujourd’hui une des formes les plus rentables de l’analyse appliquée à l’Internet des Objets. Alors, qui cherche à récupérer une part du gâteau ?

*TCAC

Qui se positionne sur le marché de la maintenance prédictive ? 

La maintenance prédictive s’insère dans l’écosystème de l’IoT des usines, des réseaux et des équipements. Différentes typologies d’acteurs interagissent sur ce marché :

1. Les acteurs traditionnels de la maintenance :
Ces acteurs historiques, experts en maintenance corrective et préventive, voient leurs marges s’effriter sous la pression croissante des clients sur les prix des prestations de maintenance. La maintenance prédictive est une opportunité de taille, qui leur permet d’élargir leur offre de services, de restaurer leurs marges et de se positionner en partenaires Business de leurs clients.
On pourra citer les généralistes de la maintenance : Bouygues Énergies & Services, CMI Groupe, Cofely Endel, Eiffage, Fouré Lagadec, Ortec, Ponticelli, SODI, Vinci Energies….

2. L’écosystème des start-ups, extrêmement actif :
De nombreuses jeunes pousses exploitent ce nouveau marché de la maintenance prédictive. La liste française est longue : ERMEO, Singularity Insight, SparkCognition (maintenance prédictive appliquée à la cyber sécurité), CYM…. Les offres se croisent et se complètent. ERMEO et Singularity Insight ont ainsi collaboré pour vendre leurs lunettes de maintenance connectées, « Expert Téléportation » qui équipent aujourd’hui deux centres GrDF en région Auvergne- Rhônes-Alpes.

Rien que sur la ville de Lyon, berceau de Sigfox, on dénombre plusieurs TPE ou start-ups spécialisées en maintenance prédictive : INTENSENS (2009),TEEO (2010), ou CONNIT (2012)….Courtisées par les grands groupes détenteurs d’infrastructures (industriels, acteurs de l’énergie, transporteurs…), ces start-ups trouvent rapidement des débouchés et un carnet d’adresse de qualité. La start-up Intensens, créée en 2009, se positionne par exemple sur trois secteurs : ferroviaire, énergie, et Smart city.  Elle présente des références fournies : SNCF, ENGIE, Areva, ALSTOM, EIFFAGE, Enedis, Oracle, Rte….

3. Les grands de l’IT et des télécoms :
Les opérateurs télécoms, en pariant sur l’Internet des Objets, s’insèrent sur le marché de la maintenance prédictive en tant que fournisseurs d’objets connectés et de solutions de gestion des données générées. Bouygues Telecom attaque le marché via Objenious, sa filiale dédiée aux objets connectés, créée en 2016. Objenious fournit une plate-forme qui permet de gérer l’ensemble des objets connectés, et de générer des recommandations. Objenious détenait déjà fin 2016 un portefeuille d’une vingtaine de clients, parmi lesquels Colas (groupe Bouygues), Primagaz, ERDF, ou encore la SNCF.

Des capteurs, mais sur quels réseaux ? Orange s’est déjà positionné, et comme Bouygues Telecom, il parie sur la technologie LoRa. SFR mise sur le concurrent Sigfox.  L’investissement dans un réseau pour objets connectés se chiffre en dizaine de millions d’euros, soit beaucoup moins que les centaines de millions nécessaires à la constitution d’un réseau 4G.

Les acteurs de l’industrie, tels Dassault Systèmes, General Electric, PTC, Siemens ou Autodesk détiennent une ou plusieurs briques logicielles de l’informatique du secteur industriel. Ils voient dans l’IoT et l’intelligence par la donnée le marché de demain, et sont bien décidés à ne pas se laisser distancer sur ce marché prometteur.
Les acteurs de la high-tech, comme IBM, Oracle ou SAP, cherchent à descendre dans l’atelier. Ils prennent eux aussi part au marché de la maintenance prédictive, dans le milieu industriel, en se positionnant en pourvoyeurs de solutions pour l’industrie 4.0.

4. Les nouveaux players de l’analyse de données :
On pensera notamment aux cabinets de conseil et d’ingénierie en mégadonnées comme Quantmetry (2013) et Ekimetrics (2006). Ils se positionnent sur le marché de la maintenance prédictive en mettant en avant leur expertise : la construction de solutions sur mesure reposant sur des méthodes statistiques avancées, le machine learning et les technologies Big data.
Quantmetry collabore ainsi avec la SNCF sur le programme de maintenance prédictive du matériel roulant. L’objectif ?  Anticiper les pannes 30 minutes à l’avance sur les 180 nouvelles rames connectées du réseau Transilien construites par Bombardier.

Pourquoi en parle-t-on maintenant ?

Si la maintenance prédictive est d’actualité, c’est pour plusieurs raisons :

  • La multiplication des capteurs et des types d’objets connectés
  • La diminution du coût des capteurs, puisque l’électronique embarquée industrielle a bénéficié des grands volumes de vente et des avancées de l’électronique grand public.
  • L’arrivée de nouveaux réseaux très bas débit, comme celui de Sigfox ou des opérateurs compatibles avec la norme LoRa rendant possible le déploiement des objets connectés par les industriels.

Pourquoi ces réseaux très bas débit sont-ils décisifs pour la généralisation de l’IoT dans les entreprises ?

Ces réseaux exploitent une fréquence auparavant réservée à la communication entre la Marine et ses sous-marins. Leurs performances sont limitées en termes de débit (au maximum 140 messages de 12 octets par jour sur le réseau Sigfox), mais ils ont de multiples avantages pour les entreprises.

  • Le tout-inclus : les opérateurs des réseaux fournissent le réseau radio et l’infrastructure de collecte des messages.
  • Le prix d’accès à ces réseaux, inférieur à celui des réseaux cellulaires (GPRS, 3G et 4G).
  • Une consommation électrique bien plus faible : il devient possible de créer un objet connecté capable de fonctionner pendant des mois sans entretien et sans source électrique extérieure.

Il devient possible pour les entreprises d’élaborer des solutions au modèle économique viable, mettant en oeuvre des objets connectés.

Qu’est-ce que cela change ?

Pour les entreprises qui mettent en place des projets de maintenance prédictive : 

On comprend rapidement les gains permis par la mise en place d’une maintenance prédictive : meilleure planification des opérations d’entretien et de réparation, réduction du nombre d’imprévus, réduction des interruptions d’activité suite à incident, et des interruptions d’activité planifiées (inspection…), optimisation de la durée de vie et des coûts d’infrastructure. Mais la maintenance prédictive permet également à l’entreprise de repositionner sa valeur ajoutée auprès de ses clients, de repenser son business model.

L’exemple de Kaeser est éloquent, puisque l’entreprise allemande a doté ses équipements de capteurs pour compléter son offre de produit (compresseur d’air industriel) par une offre de service. La stratégie de l’entreprise : utiliser la technologie pour passer d’un modèle de constructeur d’équipement à un modèle de prestataire de services. Kaeser Kompressoren commercialise depuis le début de l’année 2015 le Sigma Air Manager 2, une station de compression d’air connectée en temps réel, et le service de maintenance et de pilotage de ces produits (réalisé à distance depuis un centre de pilotage Kaeser).

Pour les acteurs du marché :

La compétition se densifie, et les nouveaux entrants porteurs de solutions de maintenance prédictive viennent d’horizons variés.

Si les acteurs de la maintenance traditionnelle ne portent pas de façon convaincante cette offre de maintenance analytique, les entreprises se tourneront vers les nouveaux acteurs du marché.
La question se pose donc, pour ces acteurs historiques, de savoir si la compétence doit être développée en interne, ou si une croissance externe est nécessaire pour se positionner suffisamment rapidement sur une offre de maintenance prédictive. VINCI Energies a  répondu à cette question via ses deux marques, Actemium et Axians, qui proposent leur expertise en maintenance prédictive au secteur Industriel.

Qui parviendra à mieux se positionner sur le marché de la maintenance prédictive ? Une affaire à suivre…

 

Sources :

https://www.sigfox.com/fr
https://www.lesechos.fr/12/05/2016/LesEchos/22190-098-ECH_bouygues-telecom-veut-sa-part-des-objets-connectes.htm
http://www.usine-digitale.fr/lora/

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