Open innovation : de l’overdose à l’évidence – Partie 2

Dans notre première partie, nous sommes revenus sur les origines claires de l’Open innovation : d’abord une contrainte, un sentiment d’urgence mal géré par les grandes entreprises françaises, renforcé par l’omniprésence des nouvelles technologies avec lesquelles, au contraire, les start-ups savent jongler – et qui sont même au coeur de leur activité. Mais concrètement, comment circonscrire ce terme très flou ? Comment les entreprises peuvent et doivent-elles s’approprier cette démarche pour dépasser l’urgence, l’effet de mode et en faire une opportunité ? Explorons quelques pistes de réponse.

Si l’on en croit Marc Giget, Docteur diplômé de l’EHESS en Economie et notamment Président du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, « l’innovation devrait être par essence ouverte »[1]. Si l’on s’appuie sur ce paradoxe, comment comprendre la particularité de l’Open innovation ? Quel est son apport de valeur vis-à-vis de l’innovation telle que pratiquée d’ordinaire ? S’il s’agit simplement d’une volonté de la part des acteurs économiques d’être en rupture, de casser les codes par rapports à des pratiques traditionnelles, alors le contenu de l’Open innovation est-il vraiment nouveau ? Tout l’enjeu est alors d’identifier, dans ce flou volontairement préservé, si nous avons à faire à un effet de mode, une chimère, que les grandes entreprises s’accaparent pour pallier leur retard. Ou si nous assistons bien à un changement de paradigme.

Mise au point.

 

De la contrainte à l’opportunité : quelle est la marche à suivre pour les grandes entreprises ?

Premier point : l’Open innovation n’a rien de nouveau, mais ce qu’elle véhicule doit attirer votre attention.

L’un des parti pris consiste à voir l’Open innovation comme un concept qui a toujours existé, mais qui a besoin d’être renouvelé, « brandé », pour valoriser de manière effective ce qu’il souhaite véhiculer : des nouvelles manières de collaborer, de créer, de travailler. Ainsi, le concept d’Open innovation est très pratique : la notion d’« open » renvoie à une mode sémantique aux contours flous (« open data », « open source ») et à un imaginaire très large de transparence, d’abolition des frontières, de fluidité des échanges, et la notion d’« innovation » suggère des concepts très souples comme l’« intelligence collective », ce qui permet de faciliter l’appropriation du terme « Open innovation » par tout un chacun.

Cette première étape, qui consiste à bien comprendre la philosophie de l’Open innovation pour se l’approprier correctement, est presque inévitable pour l’entreprise. Elle permet d’acculturer, de communiquer et de mobiliser les collaborateurs afin de développer progressivement une nouvelle culture qui servira, à terme, la compétitivité de l’entreprise. Tout l’enjeu est de ne pas céder à la tentation de la précipitation (communiquer allègrement sur le lancement d’une démarche d’Open innovation dans l’entreprise), pour éviter l’écueil de « l’Open innovation washing ».

Que retenir de ce premier point ? 

Outre les Directions de Recherche & Développement, dont la fonction première est de créer de nouveaux produits et services qui serviront le bussiness de l’entreprise, c’est donc tout un ensemble d’entités internes – la Direction des Ressources Humaines et de la Communication interne notamment – qui doit d’abord se mettre en ordre de bataille pour élaborer un « plan d’acculturation » se situant à la croisée de l’accompagnement du changement et de plans de communication plus classiques. Google, par exemple, propose des formations pour provoquer cette acculturation, appelée « reverse mentoring ».

Ce qu’on appelle « le numérique » et « le digital » – mots-valise par excellence, à s’approprier avec réflexion et précaution – devront être formalisés concrètement pour innerver ce plan d’acculturation.


Second point : au-delà des concepts, la difficile (mais nécessaire) mise en œuvre

La deuxième étape doit être celle de la mise en œuvre. Il y a fort  à penser que celle-ci sera plus délicate, en ce qu’elle concerne les structures “en dur” de l’entreprise : la Direction des Achats et la Direction Juridique notamment, pour la contractualisation des partenariats et la protection de la propriété intellectuelle, mais également les Directions des Systèmes d’Information, qui doivent mettre en œuvre les dispositifs et les technologies qui faciliteront les échanges, en interne comme à l’externe. Trop souvent oubliées dans les démarches d’Open innovation, elles sont en réalités vitales à leur réussite : aujourd’hui, comment collaborer et partager ses idées efficacement sans plateforme d’échange ?

Au-delà des concepts et des abstractions, c’est donc toute une structure qui devra se mettre au pas de la vitesse et des contraintes technologiques liées à l’arrivée de l’Open innovation dans le vocabulaire des grandes entreprises. Cette transformation devra aussi suivre les codes de l’Open innovation – décloisonnement, fluidité, partage – et faire collaborer toutes ces entités fonctionnant traditionnellement en silo. Dans cette transformation, l’appui du management sera crucial.

 

Pour conclure : l’Open innovation doit devenir une évidence

Finalement, du fait de la transversalité des échanges et interrelations que doit faire naître l’Open innovation, il apparaît que ce concept dépasse son seul objectif de création de nouveaux produits et services avec des acteurs externes : ce dispositif, comme démarche, cherche aussi à rendre l’entreprise « apprenante »[2], c’est-à-dire que celle-ci s’inspire et s’approprie des méthodes elles-mêmes innovantes pour s’adapter au monde économique en mutation qui, on l’a vu, s’accélère, ce que Weave a bien compris.

Vous n’avez donc pas fini d’entendre parler de l’Open innovation. Mais attention, nous ne parlons pas d’overdose : si la réussite de l’Open innovation réside dans sa capacité à transformer la grande entreprise, il est à parier que le futur de cette pratique sera sa propre disparition. En s’insérant progressivement comme une évidence dans l’entreprise, l’Open innovation créera de nouveaux modèles de collaboration intégrés par tous, qu’il ne sera plus nécessaire de nommer.

Aux entreprises maintenant de ne pas valoriser abusivement l’Open innovation pour ne servir que leur image externe : cette transformation signifie surtout créer de nouveaux cadres de références et de nouvelles compétences qui permettront la mise en réseau de tous les individus quels qu’ils soient, en interne et à l’externe de l’entreprise.

 

Alors, on s’y met ensemble ?

 


[1] Martin Duval et Klaus Speidel, Open innovation : développez une culture ouverte et collaborative pour mieux innover, Paris, Collection DUNOD, 2015
[2] Alain Gressier, « Une nouvelle forme d’organisation du travail collaboratif : les communautés de pratique », Marché et organisations, 2009/3 (n° 10)

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