Grandeur et misère de la start-up au XXIe siècle

Start-up, disruption, blockchain, révolution par les usages et la relation client : ces mots résonnent de plus en plus souvent à nos oreilles, et nous y voyons même l’avenir de la banque et de l’assurance, qui seront digitalisées, désintermédiées, uberisées et ultra-personnalisées, afin de les rendre aux utilisateurs. De la même façon qu’Uber a cassé le monopole des taxis au profit des usagers.

En conséquence, les acteurs institutionnels investissent des sommes importantes dans les pépites qu’elles débusquent afin d’éviter d’être mis sur la touche.

Nous pouvons ainsi avoir l’impression de vivre un rêve doré, dans lequel les forces des acteurs institutionnels viennent en appui des idées des start-up agiles qui mettent en œuvre des solutions pour simplifier la vie de l’usager.

 

La réalité n’est toutefois pas toujours celle qu’on croit, ainsi que nous le rappelle l’histoire de Morning, une jeune « néobanque » toulousaine. La start-up qu’on appelait Payname jusqu’il y a peu et devenue Morning en septembre, nous rappelle quelques vérités pourtant devenues peu audibles. Fondée en 2013, Morning se voulait d’abord une plateforme de paiement sécurisée entre particuliers, afin de participer pleinement à la révolution des usages collaboratifs. Elle se fait notamment connaître par sa cagnotte gratuite, puis se transforme en banque en ligne répondant aux usages numériques et collaboratifs d’aujourd’hui en concevant la banque de demain, qu’elle nomme néobanque.

Malgré d’importantes levées de fonds, dont la dernière de 4 millions d’euros en septembre 2015, presque entièrement auprès de la Maif, le cash a été brûlé rapidement, et les dirigeants de Morning ont commis de lourdes fautes de gestion de trésorerie en piochant dans le compte de cantonnement pour présenter une caution auprès de Mastercard dans l’optique du lancement d’un service de cartes bancaires. L’ACPR a alors immédiatement réagi en suspendant son activité jusqu’à nouvel ordre. Les clients de Morning ont ainsi vu leur compte gelé pendant le mois de décembre, à la veille de Noël.

S’en sont suivies de violentes altercations entre le PDG de Morning, Eric Charpentier, et la Maif, le premier accusant la seconde de ne pas les soutenir comme elle le devrait dans son projet de néobanque, et la seconde répliquant que ce n’était pas le concept pour lequel elle était entrée au capital de la start-up.

Suite à l’engagement de la Maif de continuer à soutenir Morning au moins à court terme, la start-up a pu reprendre son activité, mais tous les services ne sont pas encore disponibles. La question de son avenir est clairement posée : les usagers vont-ils continuer de lui faire confiance, sachant qu’ils auraient pu tout perdre en décembre ?

 

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cette histoire ? Tout d’abord, notons que la cause profonde de la crise provient d’une mésentente entre la start-up et son actionnaire principal sur son activité et son modèle de développement. Alors que la Maif croyait à la cagnotte en ligne et au règlement de transactions entre particuliers, Morning ambitionne de devenir une néobanque, qui pourrait à terme remplacer les banques traditionnelles, devenues inadaptées aux nouveaux usages collaboratifs, rien que cela !

Mais plus profondément, cette histoire brise le rêve doré de la start-up disruptrice du marché à peu de frais. On voudrait nous faire croire à la gratuité des services bancaires : ceux qui se sont laissé entraîner dans l’aventure de la cagnotte gratuite ont failli tout perdre, et la commission, habituellement entre 2 et 4% pour les services de cagnotte en ligne, aurait pu passer à 100%. La gratuité signifie simplement que le prix n’est pas affiché ! De la difficulté d’incarner le rêve, pourtant nécessaire, dans le réel.

https://www.nextinpact.com/news/102664-suspendue-par-acpr-la-neo-banque-morning-cherche-repreneur.htm

http://www.agefi.fr/fintech/actualites/quotidien/20170109/morning-libere-fonds-clients-208013?utm_source=newsletter&utm_medium=quotidienne_11h&utm_campaign=09012017

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