Open innovation : de l’overdose à l’évidence – Partie 1

“L’innovation, [ce] mouvement permanent qui mobilise l’ensemble des acteurs” Norbert Alter

L’Open innovation, on l’entend partout mais on ne la voit nulle part : voilà le constat. Intangible, impalpable, ce concept en vogue chez les grandes entreprises pour convaincre de leur dynamisme, de leur volonté de travailler avec les start-ups pour innover de façon plus rapide, peut laisser dubitatif : où sont les résultats ? Et d’ailleurs, s’il y en a, comment les mesurer ? Retour nécessaire sur l’origine de ce concept et les résultats que les grandes entreprises peuvent en attendre.

 

Innover : le temps de l’urgence

Une étude menée par le cabinet Linkfluence et Publicis Nurun à l’occasion du salon Viva Technology de juillet dernier met à l’honneur le néologisme « ubérisation » pour parler de la concurrence accrue qui fragilise les grands groupes : c’est bien d’un « changement rapide des rapports de force [entre grands groupes et start-ups] grâce au numérique »[1] dont il est fondamentalement question aujourd’hui. Et il n’est plus nécessaire de présenter Uber, AirBnb ou encore Netflix, ces start-ups influentes qui menacent aujourd’hui les grandes entreprises de leur secteur.

Mais au-delà des évidences, pourquoi ce temps d’avance chez les start-ups ?

Pour expliquer l’essor de ces nouveaux entrants, que l’on présente volontiers comme « acteurs bouleversant les modèles », un discours ambiant s’attache à souligner le manque de « souplesse » des grandes entreprises, leur manque de « réactivité » ou encore leur « difficulté à innover » – constat difficile pour ces grandes entreprises, jusqu’à présent considérées comme leaders sur leur marché. Là encore, comment expliquer concrètement ce retournement de situation ?

Revenons-en aux fondamentaux.

Ce que l’on appelle communément « le numérique », qui correspond en fait aux nouvelles technologies de l’information-communication (NTIC), associé à la vitesse des échanges qu’elles produisent et portée par un discours de l’urgence, accélèrent aujourd’hui les processus d’innovation : « Je veux développer une entreprise où l’on fait trop de choses, trop vite » déclare Larry Page, fondateur de Google, en 2009[2]. Cette remarque est intéressante car elle montre à quel point, aujourd’hui, l’intensification de la concurrence et l’accélération des échanges numériques font de l’innovation un enjeu crucial. Le concept d’ « innovation » occupe désormais l’espace médiatique, à la fois familier et confus, et approprié par n’importe qui.

Il en résulte, pour reprendre Scott Berkun dans The Myths of innovation, que « le mot innovation est tellement utilisé qu’il ne signifie plus rien »[3]. Pourtant, l’enjeu de prise en compte de l’innovation est bien réel, puisqu’il détermine aujourd’hui la place d’une entreprise dans la compétition féroce de l’économie ; « Les guerres du temps sont devenues les plus fondamentales de l’histoire humaine » disait déjà Jérémy Rifkin en 1987[4]. On comprend un peu mieux l’engouement pressant des entreprises pour s’accaparer le plus rapidement et le plus justement ce concept, à leur manière, afin de rester compétitifs. Mais comment…?

 

Open innovation partout, open innovation nulle part : mise au point

Comme au pied du mur, les grandes entreprises françaises développent depuis une dizaine d’années des dispositifs permettant de rester dans le jeu de la concurrence face aux start-ups : c’est ce qu’on appelle communément « l’Open innovation » ou « innovation ouverte », censée renverser le paradigme classique de l’innovation. La promesse de ce concept est attrayante et simple : faire face à la concurrence des start-ups et accélérer l’adaptation de ses offres aux nouveaux besoins des usagers et des consommateurs.

Comment ? Les entreprises ont peu à peu pris conscience « que leur compétitivité dépendait de la gestion efficace de leurs ressources intellectuelles »[5] et que les idées pour faire émerger des projets innovants pouvaient provenir de l’extérieur de l’entreprise – de start-ups, de laboratoires, ou encore d’Universités. Le caractère nouveau de l’Open innovation résiderait donc dans cette combinaison originale de ressources internes et externes pour faire advenir l’innovation. La NASA, pionnière dans l’adoption de ce nouveau paradigme pour exploiter l’innovation en 2008, suite à une réduction de 40% de son budget de Recherche et Développement[6], a envoyé un signal fort aux autres entreprises : l’Open innovation devenait une tendance à suivre. D’ailleurs, depuis la conceptualisation explicite de l’Open innovation en 2003 dans l’ouvrage d’Henry Chesbrough, sa notoriété n’a cessé de croître : l’étude menée par Linkfluence met par exemple en évidence que, si le concept d’Open innovation provient des États-Unis, 62% des retombées sur les réseaux sociaux concernant ce terme sont francophones.

 

Pourtant, comment circonscrire un concept aussi large, regroupant des notions aussi imprécises qu’ « ouverture » et « innovation » ?

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[1] Etude Linkfluence, « Grands Groupes et Startups vus du Web », 2016.
[2] Martin Duval et Klaus Speidel, Open innovation : développez une culture ouverte et collaborative pour mieux innover, Paris, Collection DUNOD, 2015
[3] Scott Berkun, The myths of innovation, Edition O’Reilly, Aout 2010, 248 p.
[4] Jérémy Rifkin, Time Wars, Touchstone Books, 1987, 302 p.
[5] Pierre Barbaroux et Amel Attour, « Approches interactives de l’innovation et gestion des connaissances », Revue Innovations, 1/2016 (n° 49)
[6] Martin Duval et Klaus Speidel, Open innovation : développez une culture ouverte et collaborative pour mieux innover, Paris, Collection DUNOD, 2015

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