Drones civils : découverte des nouveaux usages – Partie 1

Le marché des drones civils, encore embryonnaire aujourd’hui, va très probablement exploser au cours des prochaines années. La FAA, l’administration fédérale d’aviation américaine, vient en effet de réduire drastiquement les procédures et délais d’obtention des licences d’exploitation de drones à usage professionnel. Effective depuis le 29 août 2016, cette nouvelle réglementation devrait à terme permettre au marché américain de devenir leader dans le secteur des drones civils. Elle confirme donc les prévisions de mars 2016 du cabinet Oliver Wyman qui estime ce marché à plus de 6 milliards d’euros pour 2020.

La réalisation de ces prévisions passera par le développement de nouveaux usages que je vous propose de découvrir dans ce dossier.

Vers une diversification des usages des drones

Que ce soit pour filmer ses exploits sportifs en pleine nature ou tourner une scène de cinéma, l’usage des drones civils ne va pas au-delà de ce pour quoi ils ont été créés : effectuer des prises de vue aérienne. En dehors de l’aspect loisir, le marché des drones civils se limite aujourd’hui à ce seul usage. Et bien que massivement adoptés par les médias et l’audiovisuel, la valeur en chiffre d’affaires de ce marché reste faible. La diversification des usages devrait toutefois lui permettre de multiplier sa valeur actuelle par 5 environ à horizon 2020.

Inspecter et surveiller la dégradation des ouvrages

Les monuments historiques, les viaducs, les centrales ou tout autre type d’ouvrage se dégradent dans le temps et peuvent devenir dangereux. L’exemple parfait pour l’illustrer est la centrale nucléaire : sans entretien, le risque d’accident est réel. D’où l’importance de réaliser une inspection régulière afin de pouvoir identifier au plus tôt les anomalies et donc, de garantir la sûreté de ces ouvrages.

Cette tâche est très difficile pour tous ceux qui la réalisent. De par la taille « surhumaine » des ouvrages, les opérateurs ne peuvent accéder facilement à l’ensemble des zones à inspecter. Ils doivent même se mettre dans des situations de risque pour pouvoir réaliser à bien leur métier. Si l’on ajoute à cela le nombre total d’ouvrages à inspecter, le coût total de ces inspections est colossal. Rien qu’en France, ce ne sont pas moins de 29 273 km de lignes de chemin de fer, 1 742 tunnels, 26 733 ponts et viaducs qu’il faut régulièrement inspecter.

inspection_millau_drone

La start-up française Novadem s’est illustrée par son utilisation astucieuse des drones pour l’inspection du viaduc de Millau. Grâce aux drones, elle a su atteindre des zones d’inspection difficile d’accès par des méthodes traditionnelles. Elle a ainsi, en plus d’améliorer la sécurité des opérateurs, réduit par quatre le temps d’inspection. Face à ces résultats encourageants, de plus en plus d’entreprises adoptent cette technique pour l’inspection et la surveillance d’ouvrages.

Dans le même ordre d’idée, il serait possible d’utiliser des drones pour surveiller les fuites d’hydrocarbures des plateformes pétrolières. En prenant de la hauteur, ils peuvent ainsi détecter plus rapidement une telle anomalie et donc, prévenir une catastrophe écologique.

Faciliter la livraison de colis dans les zones difficiles d’accès

Depuis juin 2014, le groupe La Poste s’est lancé via sa filiale Geopost dans la livraison aérienne de colis. Elle a depuis démontré sa réelle capacité à livrer de façon automatisé des colis de 4 kg avec plus de 600 essais réussis. Le groupe français n’est néanmoins pas le seul à envisager ce cas d’usage. Pour les grands acteurs de la livraison de colis et de l’e-commerce, il représente une réelle opportunité à saisir. Ainsi, que ce soit pour Amazon, DHL, UPS ou encore Australia Post : tous investissement massivement dans ce domaine. Leur objectif est simple : réduire l’impact du dernier kilomètre qui vaut 20 % du coût de livraison.

Malgré tout, même si théoriquement la livraison aérienne de colis est réalisable, dans la réalité ce n’est pas forcément le cas. De nombreuses barrières technologiques et réglementaires rendent impossible cette utilisation des drones. En Europe, pour des raisons de sécurité, il est interdit de faire voler un drone sans être à portée de vue. Cela a pour conséquence de rendre impraticable tout service de livraison aérien.

Outre cet aspect légal, la majorité des acteurs de ce domaine manquent encore de maturité. Leurs services ont été conçus pour ne fonctionner que dans des zones résidentielles construites sur le modèle urbain américain. Or, ce modèle n’est pas représentatif de l’ensemble des villes. En Europe par exemple, les villes sont davantage construites autour d’un centre-ville que d’un quartier résidentiel. Pour toutes ces raisons, la livraison de colis par drones n’est pas viable à moyen terme dans les milieux urbains.

Elle l’est en revanche pour les zones isolées ou difficiles d’accès. En conséquence, elle va de plus en plus se développer uniquement pour ce cas dans les années à venir.

A l’image du drone de DHL qui est capable d’apporter des médicaments ou d’autres ressources vitales en haute montagne, la livraison aérienne va permettre de réduire l’isolement de ces zones difficiles d’accès et donc, améliorer la qualité de vie de ces habitants.

Améliorer la sécurité civile et privée

Chaque été, les rôles des sauveteurs sont primordiaux pour assurer la sécurité de milliers de vacanciers en bord de mer. Malgré tout, leur présence n’est pas suffisante puisque ce sont environ 60 personnes qui décèdent suite à une noyade en mer. Pour les assister dans cette tâche, un drone a été expérimenté en juillet 2016 : HELPER, le drone sauveteur. Ce drone à la particularité de porter une bouée autogonflable largable pour porter assistance à une personne en danger.

Ainsi, il répond aux deux facteurs qui favorisent un sauvetage réussi :

  • Réduire le temps d’identification d’une situation à danger en permettant de surveiller une zone plus vaste ;
  • Réduire le temps d’assistance à une personne en danger

Outre cet usage, il existe encore bien d’autres applications dans le secteur de la sécurité civile et privée. La gendarmerie et la police expérimentent depuis peu l’usage des drones dans leurs activités. Utilisés comme des outils de surveillance, les drones assure la sécurité lors d’événements publics comme des manifestations ou compétitions sportives. Cette surveillance serait d’autant plus efficace avec l’utilisation complémentaire de la reconnaissance faciale puisque les menaces déjà connues seraient facilement identifiables parmi une foule. Ils permettent également aux forces de l’ordre de repérer et d’éviter les guet-apens lors de leurs opérations : avec point de vue aérien, les menaces sont facilement identifiables. Les drones sont donc une solution flexible et économique par rapport aux hélicoptères.

Enfin, on peut également imaginer les utilisations suivantes :

  • Détecter les départs de feux de forêt
  • Surveiller l’intrusion non désirée de propriétés privées (entrepôts, usines, carrières, etc.)
  • Reconnaissance et destructions des mines antipersonnelles (exemple du Mine Kafon Drone)

 

Dans le prochain article de ce dossier, nous explorerons d’autres usages appliqués à l’agriculture et à la modélisation 3D de l’environnement.

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