COP 21 pour le transport de voyageurs : des engagements réels ou un nouveau coup d’épée dans l’eau ?

La France s’est engagée dans le cadre de la COP 21 à diminuer ses émissions de Gaz à Effet de Serre. Pour cela elle a fixé des objectifs par secteur d’activité, notamment dans le transport de voyageurs, et invite les industriels à faire des efforts pour atteindre ces objectifs. Les engagements des industriels sont-ils sincères ou relèvent-ils d’un Green Washing ? Quels seront les impacts pour la population et comment réaliser cet effort commun ? Faisons un tour d’horizon des différents modes de transports de voyageurs en France…

 

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, la France a présidé et accueilli la 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21/CMP11). Cette rencontre a abouti à un accord ambitieux sur le climat signé par 195 pays, dont l’objectif est de  limiter la hausse des températures à 1,5°C, par une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La France s’est engagée à prendre sa part à l’édifice. Avec la loi relative à la transition énergétique promulguée le 17 Août 2015, elle s’est fixée deux objectifs principaux :

  • 40% de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à son niveau de 1990.
  • 75% de réduction de ses émissions d’ici 2050, par rapport à son niveau de 1990.

article chiffre 1Le gouvernement a défini des orientations stratégiques pour mettre en œuvre ces objectifs dans tous les secteurs d’activité, et en particulier chiffre 2dans le Transport qui représente un enjeu majeur. En effet il produit près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre (GES), en raison de la prédominance du transport routier (90% des volumes de marchandises, 80% des voyageurs), plus émetteur de GES que les autres modes :

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(sources : ministère du développement durable : www.developpement-durable.gouv.fr
                 SNCF, « Information CO2 des prestations de transport, Méthodologie Générale », 11 Juin 2015)

 

Le gouvernement incite au développement et à l’usage de transports plus propresshutterstock_350445260

L’objectif pour la France dans le cadre de la COP21 est de diminuer de 29% les émissions de gaz à effet de serre dans les transports sur la période 2015-2028. Pour cela le gouvernement met l’accent sur le recours plus systématique et le développement de solutions de mobilité propres (vélo, transports en commun, bus (loi Macron)…) avec une priorité sur le développement des véhicules électriques :image 5

  • 7 millions de points de charge pour véhicules électriques seront installés d’ici 2030
  • le parc de véhicules de l’Etat et des établissements public sera renouvelé pour moitié par des véhicules électriques
  • Une prime de 10 000€ est déjà consentie aux particuliers pour le remplacement d’un vieux véhicule diesel par une voiture électrique depuis le 1er Avril 2015
  • Enfin un appel à projet destiné aux industriels a été lancé le 3 décembre 2015 afin de concevoir une voiture électrique « accessible au grand public » à moins de 7 000 dollars

L’usage de la voiture individuelle n’est donc pas directement remis en cause, mais le gouvernement incite les industriels à réaliser des évolutions technologiques plus écologiques sur leurs véhicules.

 

Les grands acteurs du transport de voyageurs se sont mobilisés pendant la COP21 pour valoriser leurs innovations en faveur d’une mobilité plus responsable :

concevoirPlusieurs entreprises du secteur des transports ont été sponsors de la COP21. Engagement sincère ou opération de Greenwashing ? Prenons les exemples de Renault-Nissan, de la RATP, de SNCF et d’Air France.

 

  • Les constructeurs automobiles : des efforts technologiques sans précédent dans un contexte de suspicion généralisée

La branche automobile est scrutée à la loupe depuis le scandale Volkswagen de septembre 2015. Huit constructeurs automobiles (Renault, PSA, Volkswagen, Toyota, Ford, BMW, Mercedes et Opel) ont déjà été contrôlés par la « commission Royal » sur le niveau de pollution émise par leurs véhicules. En moyenne sur les véhicules testés, les émissions de CO2 sont 40% supérieures aux normes en vigueur, et les émissions de NOx (particules fines) 5 fois supérieures. Renault a été particulièrement montrée du doigt. Elle se voit aujourd’hui sommée de montrer son implication et ses efforts pour diminuer son empreinte carbone et ses émissions de particules fines. Renault-Nissan, qui malgré les soupçons de fraude veut faire figure de bon élève, s’est engagée dans la COP21 en tant que partenaire officiel. Depuis 8 ans, le Groupe investit massivement dans les véhicules électriques : 70% de ses recherches en R&D concernent les thématiques environnementales. L’entreprise entend réduire son empreinte carbone de 3% par an. La Renault Zoé est la voiture électrique la plus vendue en France : elle représente 60,4% des parts de marché des voitures électriques vendues en France avec plus de 10 000 immatriculations en 2015.

 

  • Un programme ambitieux dans le transport public

La RATP a lancé le plan Bus 2025, un programme de grande ampleur, dont l’objectif est le remplacement de l’intégralité de sa flotte de bus par 80% de véhicules électriques (soit 3 600 bus) et 20% de véhicules roulant au gaz naturel d’ici 2025. En 2015, 92,5% de son parc roulait au diesel…

 

SNCF a annoncé sa volonté de réduire de 20% ses émissions globales de gaz à effet de serre entre 2014 et 2025, et de 40% pour le transport de voyageurs entre 1990 et 2020.

Elle développe également de nouveaux services de mobilité partagée, plus respectueuse de l’environnement:

  • IDVROOM : offre de covoiturage pour les déplacements quotidiens
  • OUICAR : service d’autopartage
  • Des offres vélos avec sa filiale Keolis : 17 000 vélos mis en libre-service
  • Etc…

Et incite évidemment les voyageurs à utiliser le train lors de leurs déplacements, moins polluant que l’automobile.

image 3Un peu plus d’un mois après la COP21, l’entreprise a publié une étude sur les évolutions possibles de la mobilité des personnes en France et à horizon 2050, ainsi que leurs impacts environnementaux. Trois scénarios ressortent : « l’ultramobilité », « l’altermobilité » et la « proximobilité ». La « proximobilité » suppose que les logiques de mobilité, de déploiement urbain et les choix résidentiels soient réalisés avec le souci d’une meilleure qualité de vie et d’un rythme de vie plus apaisé. Dans ce scénario, la vie urbaine serait revalorisée, les espaces péri-urbains et ruraux mieux densifiés, les moyens de transports tels que le vélo, la marche à pied et le train plus fréquemment utilisés. Il suppose un engagement fort des pouvoirs publics et des citoyens, afin de repenser totalement la mobilité  et l’urbanisme de demain. Selon cette étude, seul ce scénario permettrait de réaliser l’objectif national de diviser par quatre les émissions de GES à l’horizon 2050.

 

  • L’aéronautique serait-elle protégée ?

Il est étonnant de constater que le transport aérien n’ait pas fait partie du périmètre des négociations de la COP21. C’est à l’OACI (l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale) qu’a été confiée la responsabilité de signer un accord mondial sur l’aviation afin d’atteindre l’objectif d’une croissance neutre en carbone en 2020, et de réfléchir à une compensation ou une taxe carbone internationale d’ici 2016. Rappelons que  le transport aérien est responsable de 5 à 10% des émissions de gaz à effet de serre et que pourtant il est le seul acteur du secteur à ne pas payer de taxe sur les carburants en France.

Certains industriels de l’aéronautique se sont néanmoins engagés lors de cette COP21. Citons par image 4exemple : Aéroports de Paris et Air France-KLM, qui ont été sponsors de l’évènement. Air France-KLM a été reconnue par le Dow Jones Sustainability Index (DJSI), indice international évaluant les sociétés sur leurs performances écoenvironnementales, leader RSE du secteur « Transport » en France, regroupant les activités de transport aérien, ferroviaire, maritime, routier, ainsi que les activités aéroportuaires, pour la septième année consécutive. Le Groupe s’est engagé à réduire de 20% ses émissions de CO2 en 2020 par rapport à 2011.

 

Comment tenir tous ces engagements ?

« L’accord de Paris » est un document d’engagement des nations pour limiter le réchauffement climatique. Le gouvernement français a décliné ces engagements en objectifs nationaux et incitations envers les entreprises. Aucune contrainte n’est imposée aux parties, il n’y a donc aucune certitude quant à l’atteinte des objectifs environnementaux. La COP21, bien qu’étant un accord d’engagement sans précédent, pourrait rester un « pacte de belles intentions », sans aucune conséquence concrète, à moins qu’il y ait une prise de conscience générale de tous les acteurs économiques, institutionnels et de la société civile. C’est par un travail en commun et l’établissement de « partenariats public, privé, citoyens » que les objectifs pourront être atteints.

 

 

 

Sources :
www.developpement-durable.gouv.fr
http://macop21.fr/
http://www.renault.fr/
http://www.ratp.fr
http://www.sncf.com
http://corporate.airfrance.com/fr/presse/actualites/article/item/air-france-partenaire-de-la-cop21/
http://www.franceinfo.fr/emission/transportez-moi/2015-2016/la-cop-21-et-les-transports-05-12-2015-15-50

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