XPO Logistics, nouvelle star ou étoile filante du secteur du Transport et de la Logistique ?

Le 28 avril 2015, le Groupe XPO Logistics, acteur modeste de la Logistique et du Transport outre-Atlantique, surprend le secteur en déclarant avoir acheté Norbert Dentressangle, un des plus gros transporteurs européens. 8 mois plus tard, les questions de fond posées par cette opération ne semblent guère avoir trouvé de réponses.

Au  moment où la famille Dentressangle, actionnaire majoritaire d’un groupe pesant plus de 4,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, cède ses parts à XPO Logistics, le discours de Bradley Jacobs, CEO et Chairman de l’acquéreur américain et propriétaire du fonds d’investissement Jacobs Private Equity, se veut avant tout rassurant : «Je me réjouis que l’actuel président du directoire de Norbert Dentressangle, Hervé Montjotin, ait accepté de prendre la tête de nos activités européennes et de devenir le président de XPO Logistics ». 5 mois plus tard, Hervé Montjotin quitte son poste sans fracas, à la suite de tractations pour le moins obscures.

Il faut dire que les objectifs industriels de cette opération n’ont pas laissé d’interroger les observateurs les plus avertis, tant les différences entre les deux Groupes sont grandes.
Norbert Dentressangle est le paradigme de l’entreprise familiale, patiemment construite sur le métier du transport de Lot Complet, puis de la Logistique, en s’appuyant en particulier sur les lignes Grande-Bretagne – Europe du Sud. En 40 ans, l’entreprise française est devenue un acteur majeur dans le paysage européen  (42 000 personnes, présence dans 27 pays du continent), avec un outil de production majoritairement « en moyens propres ». Dans un secteur de la Route largement atomisé, où la tendance des gros acteurs est de sous-traiter la production à des petits sous-traitants dont les coûts de structure sont très faibles, Norbert Dentressangle a démontré sa capacité à rentabiliser ses moyens de production dans la longue durée(2).

A l’inverse, le chiffre d’affaires de XPO Logistics a été multiplié par 14 entre 2010 et 2015, à la suite d’une politique de croissance par acquisitions extrêmement agressive(1) : une douzaine d’entreprises sont passée sous son contrôle depuis 2011 (dont les deux fleurons américains 3PD Inc. et New Breed), ces prises de participation étant financées essentiellement par des capitaux privés et de la dette(1).  Aujourd’hui XPO Logistics est le deuxième ou troisième affréteur sur le marché américain, est présent sur le marché de la Logistique et (modestement) sur le segment du dernier  km (le CA de la messagerie est d’environ 200 millions d’euros en 2015).  Hors rachat de Norbert Dentressangle, l’entreprise réalise en 2015 un chiffre d’affaires de 2,1 milliards d’euros et dispose d’un effectif de 10 000 personnes environ.

Quelle sera la stratégie industrielle du nouvel ensemble, dans la mesure où les stratégies de production « historiques » des deux groupes semblent totalement antagoniques ? Bradley Jacobs, convaincu d’une tendance de fond à la consolidation du marché, parie manifestement sur de fortes  synergies commerciales entre pôles sur chaque rive de l’Atlantique : «Nous souhaitons devenir un opérateur global, augmenter fortement la taille des contrats et leverager plus fortement le Freight Forwarding, qui reste l’activité la plus lucrative du Groupe »(3).

XPO Logistics poursuit – pour le moment – sa boulimique stratégie d’acquisition et vient de finaliser le rachat du grand messager américain Con-Way (5,8 milliards de dollars de CA, 30 000 personnes). Cette opération, financée à hauteur de 2 milliards de dollars par la banque Morgan Stanley, a immédiatement été «saluée» par une chute du titre de 13%(5).

Cette stratégie pariant sur une consolidation du marché soulève donc de nombreuses questions, notamment quant à la capacité à valoriser les investissements réalisés en dégageant rapidement des synergies commerciales et/ou opérationnelles entre ses différentes « pièces rapportées » (Moodys considère désormais la dette du Groupe américain comme « très élevée »(3)).

Le départ surprise d’Hervé Montjotin en septembre, remplacé au pied levé par son homologue américain Troy Cooper, ainsi que l’ouverture des hostilités juridiques avec le fond Elliot Capital Advisor, bien décidé à contrecarrer la procédure de retrait obligatoire(4) engagée par le board d’XPO Logistics, ne sont pas à même de rassurer sur l’avenir de l’ancien transporteur lyonnais, et des conséquences de ces opérations sur le marché européen.

 (1)Source : transport info

(2) Source : les Echos.fr

(3) Source : wall street journal

(4) Cette procédure visait à contraindre les derniers  actionnaires minoritaires de ND à céder leurs parts au prix  de l’OPA, de façon à permettre à XPO de retirer le titre de la cote

(5) Source : thestreet.com

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