Virtualisation du Poste de Travail : des bénéfices certains mais une complexité à maîtriser

1 – La virtualisation du Poste de Travail améliore radicalement la gestion du parc informatique

De plus en plus d’entreprises se tournent vers la virtualisation des postes de travail. Comme illustré dans la figure ci-dessous, cette solution consiste à déporter toute la complexité du système d’exploitation et des applications vers une infrastructure serveur centralisée. Les postes de travail, ou autres terminaux matériels, sont ainsi grandement simplifiés tout en gardant un fonctionnement transparent pour les utilisateurs.

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Prenons un exemple volontairement simplifié pour illustrer le fonctionnement de ce concept : le chauffage dans une maison versus dans un immeuble. Dans un immeuble équipé d’un chauffage collectif, impossible de gérer finement le système propre à chaque appartement (contrairement au chauffage individuel d’une maison), mais vous obtiendrez globalement un meilleur tarif et une meilleure gestion du prestataire.

La VPT séduit de nombreuses entreprises, puisqu’elle :

  • permet de réduire le besoin de compétences d’expertise : en cas de panne par exemple, la maintenance est gérée de manière centralisée. Dès lors que les postes de travail sont obsolètes, il est possible de piloter à distance la réinstallation du parc, ce qui agit in fine comme un vecteur accélérateur des déploiements ;
  • permet des installations et des mises à jour centralisées et ainsi qu’une homogénéisation des environnements pour gérer plus simplement le parc applicatif et optimiser le contrôle des licences ;
  • apporte une optimisation des coûts notamment au niveau des ressources humaines (techniciens de proximité) et du renouvellement du matériel ;
  • offre une flexibilité accrue sur l’exploitation du parc (maintenance hors heures ouvrées par exemple).

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Les technologies suivent un éternel recommencement et la Virtualisation du Poste de Travail, aussi appelée VDI (Virtual Desktop Infrastructure), confirme cette règle : le principe de virtualiser les postes de travail est une évolution du modèle Terminal Server, apparu dès le début des années 1990. D’ailleurs, le succès des applications Internet depuis la fin des années 90 ainsi que le plus récent avènement du Cloud Computing font que nous pouvons nous étonner que la virtualisation du poste de travail ne se soit pas démocratisée plus tôt. Au vu du contexte actuel, elle devrait dorénavant se généraliser.

2 – La virtualisation du Poste de Travail doit encore relever des enjeux majeurs

A travers l’accompagnement des DSI de plusieurs acteurs bancaires français, nous avons pu nous forger quelques convictions fortes.

Avec la nécessaire migration de tout le parc informatique imposée par la fin de support de Windows XP en avril 2014, il y a une formidable opportunité à envisager le scénario « Virtualisation », dans l’optique de ne plus revivre le même cauchemar lors du prochain changement de système d’exploitation (le chantier de migration Windows XP vers Windows 7 a coûté plusieurs dizaines de millions d’euros à certaines entreprises).

Technology in the hands of businessmenL’opportunité est encore plus grande dans le contexte actuel de consumérisation de l’IT, poussée par le Bring Your Own Device (BYOD). En effet, la montée en puissance de la mobilité (smartphones mobiles, tablettes tactiles, …), et des nouveaux usages associés, pourrait ainsi être fortement facilitée au sein de l’entreprise. Car l’un des avantages majeurs de la virtualisation du poste de travail est de transformer tout type de terminal en un environnement applicatif complet : tout collaborateur de l’entreprise peut donc, depuis sa tablette, accéder à ses applications de travail habituelles.

Néanmoins, pour pouvoir être systématisée à tout le périmètre du parc informatique, la virtualisation du poste de travail devra encore relever de réels enjeux :

  • L’accès permanent à l’environnement de travail : la problématique est la même que pour toute application Internet ; si l’accès réseau est coupé, il devient difficile d’accéder à l’infrastructure virtuelle distante. Et une excellente qualité de service est non négociable pour la plupart des catégories de collaborateurs qui doivent en permanence accéder à des données au sein du SI. Heureusement, les technologies (notamment VMware et Citrix) ont beaucoup progressé dans la gestion de l’asynchronisme, aussi appelé « mode déconnecté », mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine. Notre conviction est qu’il est plus pertinent pour une DSI de travailler à renforcer les solutions réseau (LAN/WAN mais aussi solutions de mobilité comme les clés 3G/4G) pour se diriger vers le « toujours connecté » plutôt que de vouloir gérer proprement tous les cas d’asynchronisme dans toutes les applications.
  • Le coût important de mise en œuvre et l’impact sur la DSI : véritable révolution par rapport à la gestion traditionnelle d’un parc informatique, la virtualisation implique des bouleversements majeurs sur de nombreux volets comme l’infrastructure technique, le changement de barycentre entre postes de travail et serveurs, les pratiques d’exploitation et de support, les modes de gestion des applications et des périphériques, l’administration des licences logicielles, … Une bonne partie de la DSI en voit sa gouvernance impactée. De facto, espérer avoir un ROI positif à moyen terme est utopique. Ce n’est qu’à long terme que le bénéfice financier apparaîtra, lorsque le TCO réduit du poste de travail aura compensé le coût du projet.
  • La difficulté à traiter les cas spécifiques : virtualiser un poste de travail « standard » est très simple, y compris à grande échelle. Mais dès qu’il présente des particularités atypiques, cela complexifie le problème de manière exponentielle. Ce peut être un besoin de droits d’administration pour développer des applications, un besoin de performances pour faire du montage vidéo ou du requêtage décisionnel, un besoin de périphérique très particulier (imprimante 3D, machine à étiqueter, ou plus classiquement le tout nouveau modèle de smartphone …). Envisager la virtualisation pour tous les collaborateurs de l’entreprise serait une erreur, car celle-ci n’est pertinente que pour des profils utilisateurs très normés et maitrisés. Heureusement, ces derniers représentent en général l’immense majorité des effectifs.
  • Une vigilance sur les migrations futures : implémenter la virtualisation des postes de travail permettra de simplifier les montées de version des OS ou des applications, mais il restera toujours les nécessaires travaux de vérification des adhérences entre les différentes couches d’architecture, de nouveaux travaux sur les infrastructures serveurs centrales, …

En synthèse, il faut bien comprendre que la virtualisation du Poste de Travail n’est pas la panacée pour tous les problèmes de gestion du parc informatique. Il y a certes des avantages séduisants et avérés, mais un compromis doit être identifié avec les inévitables inconvénients.

Pour aller plus loin, mettre en place la virtualisation, l’automatisation de l’exploitation des terminaux et l’organisation de la DSI associée (des équipes gérant l’infrastructure centrale, le parc de terminaux, les adhérences applicatives) ouvre notamment la possibilité d’externaliser certaines de ces fonctions hors de la DSI, avant d’aller à terme vers le Desktop As A Service (DaaS), en transférant toute la chaîne d’exploitation dans le Cloud.

Article rédigé conjointement par Leila Kairouani et Christophe Demulder.

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