Comme de nombreux « change makers », cet ami modifie les contours de l’Economie Sociale en troublant les frontières entre business classique et « social business » : ils sont accompagnés dans ces projets par des fonds d’investissements sociaux toujours plus nombreux. Une seule chose manque : des outils pour suivre la performance. Comment accompagner en effet ces nouveaux entrepreneurs qui souhaitent que leur résultat ne soit pas mesuré selon des méthodes financières mais à l’aune de l’impact social qu’ils créent ?

En quoi consiste la mesure d’impact social ?

Au sens large, la mesure d’impact social correspond à l’ensemble des méthodologies développées pour mesurer en termes comptables l’activité des entreprises sociales. Tous ces outils de mesure ont un même objectif : appréhender le bien social créé (en termes d’éducation, d’emploi, de confort, de santé… ou même souvent de bonheur) sur une population de bénéficiaires. Ils suivent une démarche en trois temps:

  1. Description de la population de bénéficiaires : généralement, cette description repose sur une gamme d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs concrets que l’on pourra suivre dans la durée. Dans notre exemple de Kialatok, les bénéficiaires sont les personnes éloignées de l’emploi et les indicateurs choisis pourraient être le taux de chômage, le revenu moyen, le niveau de qualification, mais aussi la situation familiale, voire la confiance en soi.
  2. Réalisation de l’activité : une fois la situation initiale décrite, on réalise un cycle d’activité. Dans notre exemple, l’entreprise sociale recrute  un groupe de personnes en difficulté et les accompagne pendant deux ans. On suit régulièrement les indicateurs de référence.marelle
  3. Constat de l’impact : après un cycle d’activité, on mesure l’évolution des indicateurs choisis au préalable pour comprendre comment la situation des bénéficiaires a changé. Notre entreprise d’insertion aura par exemple multiplié par 4 les chances de retrouver un emploi stable ou augmenté de 20% le revenu moyen des bénéficiaires. Ces changements constituent les résultats bruts de l’activité de l’entreprise sociale.

L’ensemble des acteurs de l’Economie Sociale s’accorde sur ces premières étapes, mais pas sur l’exploitation des résultats. En effet, la question se pose de donner ou non une valeur monétaire à ces changements. Est-il pertinent de « monétiser » l’impact créé ? Et si oui, comment procéder ? Les avis divergent, permettant de distinguer deux principaux groupes d’acteurs aux attentes spécifiques.

Qu’attend-on de la mesure d’impact social ?

  1. Une aide au financement : selon cette approche, la mesure de l’impact social doit faciliter le financement des entreprises sociales. Elle doit notamment permettre aux Etats et à différents types d’investisseurs de sélectionner les projets à plus forte répercussion sociale. Concrètement, la méthodologie développée vise à gérer des « portefeuilles d’impact » (Impact Portfolio). A l’arbitrage habituel entre risque et rentabilité vient s’ajouter une troisième composante d’ « impact »: les gestionnaires de portefeuilles doivent pouvoir le quantifier. inv Cela correspond à une logique de « rating », qui permet de comparer différentes opportunités d’investissement (www.thegiin.org). Ces méthodologies de notation s’appuient le plus souvent sur des grilles d’indicateurs factuels, agrégés en une note qualitative (comparable à un AAA ou un B+…). En conséquence, il n’est absolument pas nécessaire de « monétiser » l’impact réalisé par une entreprise sociale : la notation fait foi.
  2. Une aide au management : selon cette autre conception, la mesure de l’impact doit faciliter la gestion des entreprises sociales dans une logique de « tableau de bord social ». L’entreprise sociale cherche en effet à consolider son résultat, qui par essence est difficile à mesurer. Les indicateurs suivis (niveau de qualification, bien être…) sont difficilement comparables. Leur donner une valeur monétaire est une façon de les consolider pour mieux mesurer l’activité de l’entreprise. Différentes méthodes existent. Celle du « Social Return On Investment » (theroinetwork) préconise par exemple de demander directement aux bénéficiaires d’évaluer le prix du service reçu. En théorie, une entreprise sociale peut ainsi quantifier la « valeur sociale » qu’elle crée, la comparer aux coûts engagés, et surtout la piloter dans le temps.

Quels sont les enjeux de la mesure de l’impact social ?

Il n’existe pas de méthodologie de mesure d’impact qui satisfasse pleinement l’ensemble des besoins opérationnels  du secteur (du management de start-up à la gestion de portefeuille). Le choix des outils de mesure d’impact soulève donc des enjeux importants.

  1. Du choix des outils de mesure d’impact dépend le financement de certaines entreprises sociales. L’impact social, seule mesure disponible de la performance des entreprises sociale, est une information utilisée par les investisseurs pour orienter leurs fonds.  Si les outils de mesure d’impact ne traduisent pas fidèlement les bienfaits d’une entreprise sociale, celle-ci pourrait ne pas être appréciée à sa juste valeur. Il est donc possible de voir certains pans de l’Economie Sociale écartés de toute source de financement.
  2. Du choix des outils de mesure d’impact dépendent les décisions des entrepreneurs.Les méthodologies de mesure d’impact ont un effet « performatif » : pour être sûr d’obtenir une bonne évaluation et un financement, les managers d’entreprises sociales sont incités à concentrer leurs efforts sur les indicateurs les plus valorisés. Bon gré mal gré, ils se conforment donc aux outils de mesure d’impact.

Le potentiel d’influence des outils de mesure d’impact sur le fonctionnement du secteur social est donc bien réel. Peuvent-ils influencer également des entreprises plus « classiques » ? Nous y réfléchirons dans un prochain article…

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